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Contre "Cheikh Google", des imams de Seine-Saint-Denis prennent des cours de français


Mercredi 6 Juillet 2016 modifié le Mercredi 6 Juillet 2016 - 15:56

Penché sur sa feuille, Abderrahim Braihim révise. Dans quelques jours, l'imam de la grande mosquée de Sevran prononcera son premier prêche en français. Son objectif: être entendu de toute la communauté, en particulier des jeunes non-arabophones qui consultent plus volontiers le "Cheikh Google".




Des imams de Seine-Saint-Denis suivent un cours de français dans un local de la cité Beaudottes à Sevran, au nord de Paris, le 30 juin 2016
Des imams de Seine-Saint-Denis suivent un cours de français dans un local de la cité Beaudottes à Sevran, au nord de Paris, le 30 juin 2016
Depuis novembre 2015, M. Braihim suit avec six autres imams de Seine-Saint-Denis des cours de français dans un local de la cité Beaudottes à Sevran, douze heures par semaine. Il veut pouvoir traduire seul son prêche, mais aussi échanger plus facilement avec les fidèles.

"Ils posent des questions personnelles, c'est obligatoire pour nous de parler français", explique celui qui officie depuis 1992. Par le passé, il s'était déjà renseigné pour prendre des cours, auprès de Maisons des jeunes et de la culture ou de l'Alliance française, mais ils étaient mal adaptés ou trop chers.

Les 1.600 à 1.800 imams prêchant en France ne font en effet pas que diriger le culte, ils doivent aussi répondre aux interrogations des fidèles, voire jouer le rôle de conseil de famille. "On nous fait beaucoup confiance. L'imam, c'est comme le psychologue", résume Omar Ayatillah, imam bénévole depuis 30 ans dans plusieurs mosquées de la région parisienne, actuellement au Blanc-Mesnil. Ce sont ses enfants qui traduisaient jusque-là son prêche du vendredi.

"70 % des fidèles qui viennent à la mosquée aujourd'hui sont francophones", pointe Yacine Hilmi, 33 ans, l'un des responsables du projet. "Les jeunes se posent beaucoup de questions sur la religion", ajoute cet entrepreneur dans le numérique, lui-même traducteur de prêches, "et s'ils ne trouvent pas de réponse, ils vont sur internet, consulter Cheikh Google comme on dit".

- Visites au Louvre, au Parlement européen -

Problème, les textes disponibles en ligne sont souvent tronqués ou interprétés de façon trop éloignée du contexte français, regrette M. Braihim: "Cheikh Google donne la même réponse au fidèle qui vit en France et à celui qui vit dans un pays arabe. Mais ce n'est pas le même pays, pas le même monde."

"L'imam doit connaître les lois, la culture, les règles de la France et de l'Europe, pour avoir un discours adapté à ici", poursuit l'imam de Sevran, qui se félicite que la formation comprenne aussi un volet culture et découverte des institutions.

Cette année, les imams du 93 sont allés à la FNAC - pour "leur apprendre à choisir leurs livres", explique Yacine Hilmi -, au musée du Louvre, au Parlement européen.

Les autorités sont partenaires de la formation, mise en place après les attentats de janvier 2015. La préfecture de Seine-Saint-Denis paie l'enseignante, la mairie de Sevran fournit le local, précise M. Hilmi. Le projet est aussi soutenu par l'Institut catholique de Paris (ICP), où les sept imams doivent intégrer l'année prochaine le diplôme universitaire "Interculturalité, laïcités, religion", une formation qui vise à former des intervenants religieux de toute confession au cadre juridique français.

Abdalla Aboushalaby, imam au Bourget, est de ceux qui feront leur rentrée à l'ICP. Chemise bleue, jean et baskets à la mode, il est arrivé d'Egypte il y a six ans. Il a étudié le français au Caire, mais surtout à l'écrit. Résultat: "Je n'avais pas la bonne prononciation, je parlais le français comme l'anglais", rigole-t-il. Les cours lui ont permis d'améliorer son élocution, d'enrichir son vocabulaire.

"La plupart ont niveau Bac+3 ou 4 dans leur pays, ils sont habitués à apprendre", rappelle leur enseignante, Stéphanie Laroche. Pour les imams plus âgés, "il a fallu oublier le français blédard, apprendre à faire sujet-verbe-complément", raconte cette petite brune énergique. Mais globalement, pour elle, "c'était cadeau! J'ai rarement eu des élèves avec une telle volonté et une telle assiduité".

Source AFP
Mercredi 6 Juillet 2016 - 11:05





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