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Changement climatique et COP22 : Les pays africains sont plus forts lorsqu'ils parlent d’une seule voix (DG adjointe de la FAO)


Lundi 25 Juillet 2016 modifié le Lundi 25 Juillet 2016 - 21:12




Maria Helena Semedo
Maria Helena Semedo
L’Afrique est plus forte lorsqu’elle parle d’une seule voix pour faire face au changement climatique, a indiqué Mme Maria Helena Semedo, directrice générale adjointe, Coordonnatrice pour les ressources naturelles à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), affirmant que la communauté internationale est consciente de la nécessité de soutenir le continent dans la quête d’un développement durable et adapté.

"Les pays africains sont plus forts lorsqu’ils parlent d’une seule voix pour s’attaquer à leurs défis communs", dont celui lié au changement climatique aux conséquences négatives sur l’agriculture et la sécurité alimentaire dans le contient, a souligné Mme Semedo, dans un entretien accordé à la MAP sur le changement climatique en Afrique et la COP22, prévue en novembre prochain à Marrakech.

La Déclaration ministérielle sur la sécurité alimentaire et les secteurs d'activités agricoles face aux changements climatiques, émanant de la Conférence Régionale pour l’Afrique de la FAO en 2016, a envoyé un message clair quant au fait que les gouvernements africains sont prêts à s’attaquer aux défis auxquels ils sont confrontés, et que la communauté internationale devrait travailler avec eux à cet effet, a-t-elle dit.

Dans cet entretien réalisé via la représentation de la FAO à Dakar, Mme Semedo a noté que "la communauté internationale a reconnu l’importance d’appuyer les pays africains dans la poursuite d’un développement résilient face au climat et à faible émission en carbone", relevant que les pays développés ont réitéré, à travers l’Accord de Paris, leurs engagements à apporter au moins 100 milliards de dollars US par an pour la finance climatique à destination des pays en développement d’ici à 2020.

De même, a-t-elle enchaîné, de nombreuses initiatives internationales sont en train d’être lancées pour appuyer les pays africains à s’adapter au changement climatique, tout particulièrement l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (Triple A), récemment lancée par le Royaume du Maroc, et que la FAO appui activement.

La FAO travaille aussi avec le Gouvernement français et le Royaume du Maroc pour assurer une bonne prise en considération des secteurs d’activités agricoles, et de leurs acteurs, lors de la COP22 de Marrakech, a-t-elle ajouté.

Au sujet des conséquences du changement climatique en Afrique, la Coordonnatrice pour les ressources naturelles de la FAO a souligné que ce phénomène a déjà « un impact profond » sur l’agriculture et la sécurité alimentaire dans le continent, notant que les changements dans le régime des précipitations et les cycles prolongées de sècheresse affectent les rendements des cultures dans certains pays.

En chiffres, la FAO estime que la sècheresse de 2011 dans la Corne de l’Afrique a affecté plus de 13 millions de personnes et a eu une conséquence directe sur les niveaux de malnutrition, en particulier chez les enfants, a-t-elle dit.

Les estimations des impacts du changement climatique sur les cultures en Afrique varient considérablement, mais à peu près toutes indiquent un effet négatif sur les cultures vivrières à moyen et long termes, a-t-elle ajouté, soulignant que les pertes moyennes de rendement pourraient aller de -5 à -27 pour cent.

Selon la responsable onusienne, cela n’affecte pas seulement la disponibilité alimentaire (et donc les prix alimentaires), mais aussi de manière significative les conditions de vie des populations les plus pauvres d’Afrique – celles qui dépendent de l’agriculture comme moyen de subsistance et sont déjà en situation de risque d’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

Plus de 70 % des habitants les plus pauvres d’Afrique vivent dans les zones rurales, et la majorité d’entre eux tirant leurs revenus des secteurs agricoles, a-t-elle ajouté, relevant que selon certaines estimations, des parties de l’Afrique Australe et de l’Ouest observeront des diminutions dans les précipitations et dans la recharge de nappe de l’ordre de 50 à 70 % suite à un réchauffement de 2°C seulement.


Après avoir noté que près de 25 % de la population africaine (environ 200 millions de personnes) connaît déjà un important stress hydrique, elle a souligné que, selon le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat, 350 à 600 millions d’africains supplémentaires pourraient souffrir de stress hydrique d’ici 2050, à moins qu’une action concertée ne soit entreprise face au changement climatique.

Au sujet des actions à entreprendre pour faire face au changement climatique, Mme Semedo a affirmé que la transformation des secteurs agricoles en Afrique devrait être parmi les premières priorités pour l’action, en faveur de secteurs agricoles plus productifs, plus résilients et plus durables. Cela nécessite un appui au niveau politique pour améliorer la planification et créer un environnement règlementaire habilitant, mais aussi pour permettre des investissements publics et privés à grande échelle dans le développement agricole, a-t-elle dit.

Un développement agricole productif, résilient et durable n’est pas seulement un moyen de s’adapter au changement climatique, c’est également une stratégie de développement produisant une vaste étendue de co-bénéfices, a-t-elle poursuivi, notant que cela peut générer des emplois, en particulier parmi la population jeune du continent, nombreuse et en pleine croissance, et contribuer à l’autonomisation des femmes rurales, à améliorer la gestion de l’eau, à renforcer la biodiversité et les services écosystémiques, et à contribuer à atténuer le changement climatique en réduisant la déforestation et en améliorant la santé des sols.

L’importance des secteurs agricoles est d’autant plus essentielle que les pays africains ont mis un accent considérable sur ces secteurs dans les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) qu’ils ont soumis à la CCNUCC à l’occasion de la COP21, a poursuivi la responsable onusienne, notant que l’analyse de la FAO de ces CDN a montré que tous les pays africains ont intégré les secteurs agricoles dans leurs contributions pour l’adaptation, et 92 pc d’entre eux l’ont fait pour l’atténuation. « C’est un signal fort : les gouvernements africains ont reconnu l’importance et le potentiel transformatif des secteurs agricoles », a-t-elle dit.

Abordant le rôle de la FAO dans ce domaine, elle a indiqué que l’organisation travaille étroitement avec de nombreux pays membres africains pour rendre leurs Plans Nationaux d’Investissements Agricoles plus « intelligents face au climat ».

La FAO développe, également, un important plaidoyer sur les besoins d’adaptation des pays membres africains à l’occasion des principaux forums internationaux, dont la COP21.

Parallèlement, la publication 2016 du rapport phare de la FAO « Etat de l’Agriculture et de l’Alimentation » consacre son focus sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire, a-t-elle enchaîné, notant que la journée mondiale de l’alimentation 2016 est également dédiée au changement climatique, et attirera le regard de la communauté internationale sur cette cause importante.

La FAO, a poursuivi Mme Semedo, a récemment lancé un Cadre mondial pour l’action sur la pénurie d’eau, ayant pour but d’appuyer des utilisations plus durables de l’eau en agriculture comme moyen de combattre les pénuries d’eau liées au climat, soulignant que la pénurie d’eau affecte près de 25 pc de la population.

Et la Coordonnatrice pour les ressources naturelles de la FAO de conclure que l’organisation appui les Etats membres pour investir dans le développement agricole en utilisant les ressources du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), du Fonds Vert pour le Climat (FVC) et des principales institutions financières, relevant la nécessité d’engager des investissements à grande échelle de façon urgente, et ce pour transformer les priorités politiques et les plans des pays en action concrète sur le terrain.


Propos recueillis par Abdellatif Abilkassem (MAP)

Lundi 25 Juillet 2016 - 14:58





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