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Campagne de 2007 : Sarkozy hanté par Kadhafi


Samedi 20 Avril 2013 modifié le Samedi 20 Avril 2013 - 03:22

Le parquet de Paris a ouvert vendredi une information judiciaire sur des soupçons de financement par l’ancien régime de Tripoli.




Et une de plus pour Nicolas Sarkozy. Cette fois, ce n’est pas une histoire de sondages ou de rétrocommissions qui vise l’ancien président de la République et son entourage, mais des possibles versements d’enveloppes (ou de mallettes ?) de billets. Vendredi matin, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire sur des soupçons de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007 par la Libye de Kadhafi.

Les champs d’investigations des deux juges d’instruction, Serge Tournaire et René Grouman, vont être très étendus : l’information judiciaire contre X est ouverte pour «corruption active et passive», «trafic d’influence», «faux et usage de faux», «abus de biens sociaux» et «blanchiment, complicité et recel de ces délits».

D’où viennent les accusations ?

Au commencement était Ziad Takieddine, ce Franco-Libanais mis en examen à de multiples reprises dans le cadre de l’affaire Karachi. Le 19 décembre, convoqué une énième fois par le juge Renaud Van Ruymbeke, qui le soupçonne d’avoir versé des rétrocommissions ayant servi à financer la campagne de Balladur en 1995, l’intermédiaire en armement préfère évoquer un autre sujet :«Je peux vous fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy», assure Takieddine, qui parle de sommes de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ses accusations sont précises.

L’homme d’affaires, très proche du régime libyen de Kadhafi, évoque de nombreuses rencontres entre Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, et Bachir Saleh. Ce dernier est à l’époque directeur de cabinet de Kadhafi. «Guéant donnait à Saleh les indications bancaires nécessaires aux virements», assure Ziad Takieddine, d’après des procès-verbaux révélés par le Parisien et que Libération a pu consulter. Et de poursuivre, prolixe : d’après ses informations, des preuves écrites existeraient sur l’existence de ces rendez-vous et de ces transferts d’argent, car Saleh «faisait des comptes rendus de ses visites en France pour Kadhafi». Fin des accusations visant la campagne de Sarkozy. Mais Takieddine a encore quelques révélations dans sa besace. «J’ai les preuves que trois sociétés françaises ont bénéficié en Libye de contrats pour des prestations fictives à hauteur de plus de 100 millions d’euros, assure-t-il au juge. J’ai les contrats, les transferts d’argent, les destinataires, les montants.»

Entendu des dizaines d’heures par les magistrats dans le cadre de l’affaire Karachi, Ziad Takieddine est difficile à cerner : tempétueux et adepte des grandes envolées verbales, sa parole est-elle crédible ? Toujours est-il que Renaud Van Ruymbeke décide de transférer les procès-verbaux au parquet, car lui-même n’est pas chargé de ce champ d’investigation. Une enquête préliminaire est ouverte au mois de janvier. La bombe est lancée.

Que s’est-il passé pendant l’enquête préliminaire ?

Depuis avril 2012, le parquet de Paris est déjà chargé d’investigations sur le même sujet. Suite à la publication dans Mediapart, au printemps 2012, d’une note attribuée à un ex-dignitaire libyen affirmant que Tripoli avait accepté de financer pour «50 millions d’euros» la campagne de Sarkozy, l’ancien président avait déposé une plainte pour «faux et usage de faux». C’est dans ce cadre-là que les enquêteurs vont mener leurs premières investigations. Les policiers entendent une nouvelle fois Ziad Takieddine, qui réitère ses accusations.

Entre-temps, il avait évoqué devant un public bien plus vaste - l’émission On n’est pas couché - la somme de «400 millions d’euros» sous les yeux inquiets de Laurent Ruquier. Les enquêteurs se rendent également le 11 avril dans l’hôtel particulier parisien de l’homme d’affaires et perquisitionnent son domicile pendant près de «douze heures», selon le propriétaire des lieux. «Ce qu’ils cherchent n’est pas là», tonitrue-t-il le lendemain lors d’une conférence de presse improvisée. Il préfère alors changer de sujet. «Ne nous interrogeons pas sur ces documents. Est-ce que Kadhafi a payé Sarkozy ? Oui, il a payé pour la campagne, payé pour autre chose. J’ai dit au juge que les documents existent. J’en ai pris connaissance, ils ne sont pas chez moi et je ne peux dire où ils se trouvent.» Pis : «Je ne dirai jamais où ils sont car je ne fais pas confiance à cette justice, elle est incapable d’aller vers la vérité, elle est malade de ses magistrats.»

Des virevoltes verbales qui amènent des proches du dossier à remettre en cause la parole de ce témoin. «Depuis le début, Takieddine n’a pas les documents, confie l’un d’eux. Tout le monde le sait, mais la justice s’est saisie du prétexte de ses déclarations pour enquêter… Et ils vont peut-être trouver des choses, même sans lui !» Dans le cadre de l’enquête préliminaire, des perquisitions ont été menées au domicile et sur le lieu de travail de Claude Guéant, le 27 février.

Que peuvent faire les juges ?

Les deux magistrats chargés de l’enquête vont devoir éplucher les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Ces derniers ont déjà été saisis par le juge Gentil dans le cadre de l’affaire Bettencourt. «Un certain nombre de documents trouvés lors des perquisitions méritent également des vérifications», note une source judiciaire. Via des commissions rogatoires internationales, les juges d’instruction ont aussi la possibilité de procéder à des vérifications à l’étranger, comme en Libye.

Ils peuvent enfin chercher à entendre d’anciens dignitaires kadhafistes détenus dans leur pays ou actuellement en fuite (lire ci-contre). L’audition de Claude Guéant ne pourrait intervenir qu’une fois ces investigations effectuées. Mais sa position est d’ores et déjà connue. Face à la constance des accusations de Takieddine, l’ancien ministre de l’Intérieur a répliqué sur Canal +, mardi : « [Il] fait des déclarations qui n’ont aucune espèce de fondement, libre à lui. Je viens d’ailleurs de porter plainte en diffamation.» D’après Guéant, «tout ça est absolument ridicule, je crois qu’il faut cesser avec cela, il faut quand même raison garder et respecter les hommes politiques de ce pays.»

Samedi 20 Avril 2013 - 03:13

source Libération




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