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COP21: le principe de la "différenciation" au coeur des négociations


Dimanche 6 Décembre 2015 modifié le Lundi 7 Décembre 2015 - 10:22




Comment tenir compte, dans les efforts demandés aux 195 pays participants à la conférence climat de Paris, du niveau de développement économique et de responsabilité historique de chacun dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) ?

C'est le casse-tête que la COP21 va devoir résoudre d'ici jeudi pour sceller le premier accord universel contraignant sur la lutte contre le réchauffement climatique.

La question de la "différenciation", selon le jargon de l'Onu, est si politique que les experts qui ont adopté samedi un brouillon d'accord, ont laissé le soin de la régler aux ministres chargés de la suite des négociations.

Elle touche tous les aspects de la lutte anti-réchauffement climatique, des engagements nationaux de réduction des GES au financement de l'aide aux pays les plus vulnérables, en passant par les modalités d'évaluation et de révision de ces efforts.

Elle est au coeur des négociations sur le climat depuis le Sommet de la Terre de Rio (1992), dont la déclaration finale affirmait : "Etant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l'environnement mondial, les Etats ont des responsabilités communes mais différenciées."

Ce principe a été appliqué dans le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et en vigueur depuis février 2005, qui n'impose des objectifs contraignants en matière d'émission qu'à 38 pays développés et ex-pays du bloc soviétique.

C'est aussi au nom de ce principe que les pays développés ont promis à la conférence de Copenhague, en 2009, de consacrer 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 à l'aide aux pays en développement, face au réchauffement climatique.

"DETTE ECOLOGIQUE"

A l'époque de l'adoption du protocole de Kyoto, les pays industrialisés représentaient encore à eux seuls les deux tiers des émissions de GES. Depuis, le développement à marche forcée des pays émergents a changé la donne. La Chine, notamment, est devenue le premier pays émetteur de GES, devant les Etats-Unis.

Une partie des Etats développés, dont les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et le Japon, ont alors demandé que ces pays soient soumis aux mêmes traitements et contribuent, eux aussi, à l'aide aux pays les plus vulnérables. "Copenhague a échoué là-dessus", souligne un spécialiste des négociations sur le climat.

Le G77, qui fédère 134 pays en développement et émergents, dont la Chine, "résiste à l'idée que nous abandonnions les responsabilités communes mais différenciées", a expliqué la négociatrice de l'Union européenne, Elina Bardram, à Reuters.

Ces Etats estiment que les pays les plus riches ont une dette à payer au reste du monde.

Nozipho Mxakato-Diseko, présidente sud-africaine du G77, l'a implicitement confirmé samedi soir lors d'une réunion plénière de la COP21 : "Nous demandons aux pays développés de montrer la voie par des engagements ambitieux de réduction des émissions et en renforçant leur aide financière et leurs transferts de technologie aux pays en développement", a-t-elle déclaré.

Le chef de l'Etat français, François Hollande, a reconnu mardi cette "dette écologique" à l'égard de l'Afrique, lors d'un sommet avec les dirigeants africains, en marge de la conférence.

UN EQUILIBRE DIFFICILE

"Les pays riches ont encore une forte empreinte carbone et les milliards de personnes en bas de l'échelle du développement ont besoin d'espace pour croître", avait pour sa part fait valoir lundi le Premier ministre indien, Narendra Modi.

Le texte rendu samedi par le groupe de travail sur le climat au chef de la diplomatie française et président de la COP21, Laurent Fabius, illustre la difficulté de trouver un équilibre permettant de "garder tout le monde à bord" du futur accord.

Le chapitre sur le financement comprend ainsi encore 18 options, qui hésitent à élargir le périmètre des contributeurs aux "parties en mesure de le faire".

Dans leur déclaration commune de novembre 2014 sur les changements climatiques, la Chine et les Etats-Unis ont pour leur part dit vouloir encourager les autres Etats "désireux de le faire" à apporter leur soutien aux pays en développement.

Le principe de différenciation peut également jouer sur le niveau et la nature des engagements des pays, sur les règles de transparence, de vérification et de révision.

Pour l'écologiste Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, "il ne serait pas aberrant" que les modalités de révision soient différentes pour la trentaine de pays en développement qui se sont engagés à limiter leurs émissions annuelles à deux tonnes de CO2 par habitant, et pour le Canada ou l'Australie, qui se sont engagés sur 15 tonnes.

"Ce que l'on cherche, c'est une sorte de graduation", souligne un diplomate européen.

Dimanche 6 Décembre 2015 - 18:50





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