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Burqa : la singularité du Québec en Amérique


Vendredi 21 Mai 2010 modifié le Dimanche 23 Mai 2010 - 02:23




Burqa : la singularité du Québec en Amérique
De l'Alaska à la Terre de Feu, il n'est qu'un seul coin d'Amérique où la question du voile intégral est débattue en vue d'une loi : au Québec. Non que les femmes portant niqab ou burqa y soient plus nombreuses qu'ailleurs, au contraire. Parmi la petite communauté musulmane canadienne (environ 800 000 personnes, soit 2,5 % de la population du pays), les femmes voilées se croisent surtout dans la région de Toronto, la métropole de la province de l'Ontario.

Pourquoi donc le gouvernement québécois du libéral Jean Charest a-t-il ressenti le besoin de déposer un projet de loi interdisant le port du voile intégral dans tous les services publics, que l'on soit usager ou fonctionnaire, au risque de raviver de douloureux débats sur l'équilibre à trouver entre liberté de religion et droit à l'égalité des minorités dans la province ?

La réponse à cette question tient en grande partie au fait que cet équilibre – que la Cour suprême du Canada délimite autour du principe des "accommodements raisonnables" – n'est pas conçu de la même manière au Québec et dans le reste du Canada. En caricaturant, tandis que l'Ontario jonglait, il y a quelques années, avec l'idée de tribunaux islamiques d'arbitrage (finalement écartée), un village québécois ne comptant aucun immigré songeait à adopter un "code de vie" interdisant le port du voile et la lapidation des femmes (projet finalement abandonné).

"INSÉCURITÉ IDENTITAIRE"

Le Québec constitue une double singularité en Amérique du Nord : c'est la seule province à majorité à la fois francophone et catholique du continent, du moins en comptant le nombre de baptisés car la pratique religieuse y a bien diminué, là comme ailleurs.

Aussi les "accommodements raisonnables" acceptés sans guère de grincements de dents dans le reste du Canada, à large majorité anglophone et protestante, sont-ils vus négativement au Québec. Ce fut le cas, par exemple, de la décision de la Cour suprême du Canada d'autoriser, au nom de ces "accommodements raisonnables", un jeune Sikh à porter son poignard traditionnel en classe (enveloppé dans un fourreau cousu).

Cette distorsion trouve notamment sa source "dans le terrain fertile de l'insécurité identitaire des Québécois, à la culture toujours sous tension", bien qu'il y ait moins de racisme et de xénophobie au Québec qu'ailleurs. Telles étaient, en 2008, les conclusions d'une commission québécoise présidée par un sociologue et un philosophe, Gérard Bouchard et Charles Taylor.

Ladite commission avait d'ailleurs recommandé de retirer le crucifix qui trône à l'Assemblée nationale du Québec, ce que le premier ministre Jean Charest avait aussitôt refusé : à ses yeux, le crucifix est un "symbole de l'histoire du Québec" autant qu'un signe religieux. La séparation entre l'Eglise et l'Etat n'est donc pas tout à fait totale, dans une province où les écoles publiques sont "déconfessionnalisées" depuis quelques années seulement.

Ces derniers jours, tandis que des associations communautaires de Toronto dénonçaient le projet de loi 94 comme "une attaque contre les femmes musulmanes", craignant un effet d'entraînement dans le reste du Canada, le maire de la ville québécoise de Saguenay, Jean Tremblay, prônait l'interdiction du voile intégral partout, pas seulement dans les espaces publics. D'accord en cela avec le gouvernement de Nicolas Sarkozy…


Martine Jacot
Vendredi 21 Mai 2010 - 01:29

Le Monde




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