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Brésil: 400.000 manifestants exigent le départ de la présidente Rousseff


Dimanche 16 Août 2015 modifié le Dimanche 16 Août 2015 - 23:28

Près de 400.000 Brésiliens ont manifesté dimanche pour exiger le départ de la présidente de gauche Dilma Rousseff, embourbée dans une triple tempête économique, politique et de corruption.




Au moins 381.000 personnes vêtues de vert et jaune ont défilé à travers tout le pays, selon des estimations encore incomplètes de la police.

Les organisateurs, - des mouvements citoyens de droite soutenus par une partie de l'opposition - ont estimé à 604.000 le nombre de participants à ces manifestations organisées dans plus de 100 villes du géant émergent d'Amérique latine.

Ces chiffres ne comptabilisaient pas encore la participation à la grande manifestation de Sao Paulo, la capitale économique du pays et fief de l'opposition, où des dizaines de milliers de protestataires ont défilé dans l'après-midi sur la grande Avenue Paulista, ni celle à Rio de Janeiro dans la matinée.

Les organisateurs espéraient mobiliser autant que lors des précédentes journées nationales de protestations en mars (au moins un million de manifestants) et avril (600.000).

- 'Dehors Dilma!' -

Agitant des drapeaux brésiliens, les anti-gouvernement ont exigé la démission ou la destitution de la présidente Rousseff. Ils arboraient des pancartes portant les inscriptions "Dehors Dilma!" et "Non à la corruption!", en référence au tentaculaire scandale politico-financier de corruption qui a coûté plus de 2 milliards de dollars au géant pétrolier public Petrobras.

"Nous allons protester jusqu'à la fin. Jusqu'à ce que la présidente tombe. Elle doit s'en aller définitivement et laisser ce pays en paix et libéré de cette mafia du PT", a déclaré à l'AFP Patricia Soares, une fonctionnaire de 43 ans, lors d'une marche qui a rassemblé 25.000 personnes dans la capitale Brasilia.

A Rio de Janeiro, qui accueillera dans un an les Jeux Olympiques, le parcours de l'épreuve test de cyclisme a été en partie modifié pour permettre une manifestation le long de la plage de Copacabana.

Le président du Parti social démocrate brésilien (PSDB, centre-droit) et rival malheureux de Mme Rousseff à la présidentielle de 2014, Aecio Neves, a pour la première fois appelé ses militants à se joindre aux cortèges.

"Assez de tant de corruption, mon parti est le Brésil!", a lancé M. Neves, en participant à la manifestation de Belo Horizonte, dans son Etat de Minas (sud-est).

Mme Rousseff, 64 ans, qui a entamé son deuxième mandat en janvier après une difficile réélection fin octobre, a vu en quelques mois sa popularité chuter brutalement à un niveau historiquement bas de 8%.

Elle est confrontée à une triple tempête: la récession économique qui l'a conduite à adopter des mesures d'austérité impopulaires; les révélations dévastatrices du scandale de corruption autour du géant public pétrolier Petrobras qui éclabousse son Parti des travailleurs (PT) et d'autres partis alliés; enfin, une crise politique aiguë qui menace de faire voler en éclats sa fragile majorité parlementaire.

L'ex-guerillera torturée sous la dictature militaire a récemment affirmé qu'elle ne cèderait "ni aux pressions ni aux menaces", rappelant qu'elle tenait sa légitimité du vote populaire. Elle compte sur les divisions et intérêts divergents de ses adversaires pour traverser la tempête.

- 'Qui à la place?' -


Mme Rousseff est sous la menace potentielle de deux procédures. Même si la plupart des juristes estiment que les conditions ne sont pas réunies pour entraîner sa chute.

Le Tribunal des comptes de l'Union (TCU) doit juger prochainement si son gouvernement a enfreint la loi en 2014 en faisant payer aux banques publiques des dépenses incombant à l'Etat. Une décision négative pourrait éventuellement entraîner le lancement d'une procédure de destitution.

Le Tribunal suprême électoral devra lui déterminer si les comptes de campagne de la présidente ont été contaminés par de l'argent détourné de Petrobras. Cela pourrait entraîner en théorie l'annulation des élections de 2014 et la convocation d'un nouveau scrutin.

"La classe moyenne veut la retirer du pouvoir à n'importe quel prix, mais pour quoi faire? pour mettre qui à la place? (...), s'interroge pour l'AFP André Perfeito, économiste en chef du consultant Gradual investimentos à Sao Paulo.

"Au sein du patronat et de l'élite, l'idée est que ce serait encore pire si elle sortait", a-t-il ajouté, en notant qu'en cette période d'ajustement budgétaire et de licenciements, il valait mieux avoir le PT au pouvoir que dans la rue avec les syndicats.
Dimanche 16 Août 2015 - 23:26

Source AFP




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