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Bouteflika : un président à distance


Mercredi 31 Octobre 2012 modifié le Mercredi 31 Octobre 2012 - 15:03

C'est par les diplomates étrangers en visite à Alger que les Algériens apprennent ce qu'a dit leur président, Abdelaziz Bouteflika sur tel ou tel sujet, notamment sur la crise malienne.




Bouteflika : un président à distance
Abdelaziz Bouteflika n'a fait aucune déclaration publique sur la crise malienne depuis l'occupation du Nord-Mali par les groupes terroristes d'Al Qaïda au Maghreb islamique en avril dernier. Ne sortant plus du Palais d'El Mouradia, il n'a assisté à aucune rencontre internationale sur ce sujet. Tous les déplacements et déclarations sur la position algérienne sur le Nord-Mali ont été confiées aux soins de son ministre des Affaires étrangères et, surtout, à son ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, son représentant personnel en substance.

Au moment où ses homologues français et américain s'impliquent dans les violences en Libye, les changements politiques intervenus après les Révolutions arabes, et en particulier, les menaces d'Al Qaïda au Maghreb islamique au Sahel et au Nord-Mali, le chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika, est frappé d'un long mutisme que tente de combler, par des déclarations à l'emporte-pièce, son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, sur tous les domaines de la vie sociale et économique du pays, comme si l'Algérie était rapiécée de toute part.

Dès lors, c'est par le biais de visites de diplomates étrangers, celles de Laurent Fabius, d'Hillary Clinton, et prochainement de son homologue français, François Hollande que les algériens sont informés que leur président est toujours en vie, accorde des audiences, offre des déjeuners, se fait photographier mais de paroles point. Le président Abdelaziz Bouteflika, après un "je" autoritaire, arrogant, despotique de ses deux mandats, se transforme en une troisième personne effacée. Il ne parle pas, on parle de lui, toujours, à la troisième personne, une non personne. Dans les propos d'Hillary Clinton, Bouteflika apparait non comme un Président aux commandes d'un pays, mais un simple intermédiaire à consulter sans vraiment accorder trop d'importance à ce qu'il dira. Et ce qu'il a dit à la secrétaire d'Etat américaine, le citoyen algérien ne le saura pas. Et Hillary Clinton s'est gardée d'en révéler la teneur. Il y apparait également comme un patriarche africain que l'on vient consulter sous l'arbre-à-dire car, dit-on les émissaires occidentaux ne peuvent agir dans la région, sans sa bénédiction.

Mais, derrière le silence du premier magistrat du pays, un silence stratégique, pernicieux et couvant bien complots, ses visiteurs ne sont pas dupes. Ils lui donnent le change le temps des discours protocolaires et repartent chevillés dans l'idée que le président algérien n'a rien de ce qu'il fut ou de ce qu'il apparaît être. "Abdelkader el Mali", l'initiateur de la concorde civile, de l'amnistie générale en faveur d'Al Qaïda au Maghreb islamique n'a pas de position de principe sur l'occupation du Nord Mali, sur une intervention armée dans cette région. Ses ministres qui ne savent plus où donner de la tête, disent des choses et leur contraire. Non à l'ingérence étrangère et surtout pas la France, ancienne puissance coloniale préférée à des éléments terroristes d'Al Qaïda, veiller au respect de l'intégrité territoriale du Mali pour finalement devenir oui, à une intervention armée sous condition puis, oui à une intervention armée sans l'Algérie, enfin, oui à une intervention armée…Ces errements ne surprennent pas. Ils guident la politique intérieure d'Abdelaziz Bouteflika et le Plan d'action de Sellal: oui, mener la guerre au marché informel, non il faut le régulariser, oui il faut des solutions de fonds au système scolaire, non il faut se contenter de nommer des enseignants vacataires; oui, il faut être à l'écoute de la société civile, non il faut nettoyer la rue de ses protestas…

C'est donc au moment de grands bouleversements du monde arabe, avec les violences sanglantes en Syrie, le chaos généré par les Révolutions arabes, l'occupation du Nord-Mali par Al Qaïda au Maghreb islamique et ses attentats suicides en Algérie qu'Abdelaziz Bouteflika, l'ex-prétendant au Nobel de la paix, s'efface, s'emmure à El Mouradia, ne se signale qu'inerte, amorphe, dans les bulletins de la télévision officielle, dans les placards publicitaires étrangers. Il vit à distance son pays comme s'il n'y était pas.

Mercredi 31 Octobre 2012 - 10:41

Source: Le Matin DZ




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