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"Best-seller" de Reda Dalil, un rêve qui tourne au vinaigre


Mardi 8 Mars 2016 modifié le Mardi 8 Mars 2016 - 14:03

L'écrivain marocain Reda Dalil vient de publier son deuxième roman "Best-seller", une autofiction sublime qui sort des sentiers battus, parue aux éditions "Le Fennec".




Ecrire un "Best-seller", un baroud d'honneur qui lui permettrait de renaitre de ses cendres, après un roman qui n'a pas connu le succès tant espéré, telle était l'ambition de Bachir Bachir (BB), l'écrivain et principal personnage de ce roman de 304 pages.

Après un premier roman "Le Jib" qui connaissait un succès étourdissant auprès des critiques et des lecteurs, BB se trouvait dos au mur devant la réalité imparable de remettre un manuscrit le plus tôt possible.

Or, il perd sa capacité à écrire et se voit pressé par un éditeur affairiste et sans pitié. "Je n'ai pas écrit une ligne depuis trois mois, continué-je. Pas une foutue ligne valable. Je n'ai pas de roman en préparation, je n'ai aucune idée en réserve. Ca fait quatre ans que j'ai de la bouille dans le cerveau. Si Hajji (l'éditeur NDLR) n'obtient pas son manuscrit dans cinq jours, je peux dire adieu à mon avance. En gros, si Bachir Bachir, l'adulte que l'on appelle BB, ne pond pas un chef-d'œuvre avant le 28 juin, il n'a qu'à aller se vider un chargeur dans le crâne", lit-on dans la page 70.

Cette traversée de désert n'a fait que trop durer. Bachir Bachir, en totale déchéance, n'arriva plus à suivre son train de vie et se trouva dans une sérieuse impasse. Il s'emploiera à tout prix afin de satisfaire les besoins financiers exorbitants de son ex-femme Fedwa, qui, après le divorce, lui confisque tout, sa villa, dont les loyers sont toujours payés par ses soins, mais surtout son fils Farid.

Comment tirer son épingle du jeu ? Que faire pour obtenir de l'argent et subvenir aux besoins de Fedwa et Farid? Comment agir pour retrouver son statut et renouer avec son lectorat ?, tant d'interrogations auxquelles BB n'avait pas de réponses.

Malintentionné, Bachir Bachir se croyant buter sur le sésame de gloire, un manuscrit volé de chez son adversaire juré, Riad Annassi- un écrivain qui a le vent en poupe, avec un premier livre "Mirages" vendu à 25.000 exemplaires-, sonnera le glas de sa carrière d'écrivain.

En effet, Bachir Bachir avait tellement besoin de l'argent pour payer les frais d'hospitalisation de son fils Farid à l'étranger, précisément en Allemagne, après qu'il ait été mordu par un pitbull au niveau du visage.

Prenant part à une cérémonie organisée par Riad Annasssi dans sa villa, Bachir Bachir s'infiltre dans la bibliothèque de l'auteur, où il tombe sur un manuscrit écrit à la main par lui et que BB croyait être le tout nouveau roman du célèbre écrivain. Ce soir même, Riad Annassi décède dans un accident de la circulation et BB décide de voler et publier ce soi-disant chef-d'œuvre.

Ce manuscrit précieux qui fera dans un premier temps l'unanimité des critiques et ouvrira grandes les portes de gloire devant BB, s'avère appartenir au Comte de Lautréamont et est tiré d'un célèbre roman du dix-neuvième siècle.

"Le destin en avait fait un pitre, un loser suprême, ne lui accordant même pas la primeur d'un vol. Il avait fallu qu'il soit le plagieur d'un plagiat", poursuit l'auteur (page 263).

Signant sa lettre de mort en tant qu'écrivain, BB n'entretiendra, depuis, aucun lien avec l'écriture et gagnera sa vie en travaillant dans un restaurant fondé par sa mère, qui était revenue au pays après un long séjour à l'étranger.

Réda Dalil revient dans ce nouvel ouvrage sur de nombreuses thématiques et questions sociales, morales, voire existentielles, liées entre autres, à la corruption, la superficialité de la classe bourgeoise ou encore le déclin du livre et de l'écriture au Maroc.

L'auteur nous transporte dans des temps et des lieux forts variés, de Bouskoura, à la Floride, en passant par Istanbul, ne laissant rien au hasard, il commente tout, dans les moindres détails, dans un langage, qui est certes simple, mais accrocheur et laisse le lecteur toujours sur sa faim.

La variation dans les longueurs de phrases, que l'auteur alternait entre courtes et moins courtes, a eu, en outre, un effet particulier pour le lecteur.

Certes, les procédés narratifs, les figures de style et le niveau de langue utilisés dans le récit rendent l'oeuvre agréable à lire, d'autant que le style de l'auteur est à la fois descriptif, accessible, dynamique et vivant.

Réda Dalil est né à Casablanca en 1978. Son premier roman, "Le Job", succès à la fois commercial et critique, a reçu le "Prix littéraire de la Mamounia" en 2014 et "le prix Gros Sel Belge du public". Il fut, en outre, finaliste du Prix de la littérature arabe à Paris.
Mardi 8 Mars 2016 - 13:54