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Bachelot : «Il faut banaliser le dépistage anonyme et gratuit»


Lundi 19 Juillet 2010 modifié le Lundi 19 Juillet 2010 - 10:17

Sida . La ministre française de la Santé, attendue à la conférence de Vienne, détaille le prochain plan de lutte français contre l’épidémie.




Bachelot : «Il faut banaliser le dépistage anonyme et gratuit»
La conférence de Vienne sur le sida, qui rassemble près de 25 000 participants, s’est ouverte hier soir dans une scénographie, devenue immuable (Libération du 16 juillet) avec une manifestation d’activistes inquiets d’une remise en cause des financements internationaux. Lors de la séance d’ouverture, Michel Sidibé, directeur de l’Onusida, a déclaré : «Pour la première fois de la décennie, les investissements n’ont pas augmenté. Des millions de personnes vont mourir si nous n’offrons pas une meilleure coordination et efficacité des services.» Cette conférence, miroir de l’engagement politique mondial, se tient sans personnalités politiques d’importance, une première. Attendue ce matin à Vienne, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, répond pour Libération aux critiques émises sur la politique française. Sur la réduction des risques chez les toxicomanes, elle accueille favorablement la recommandation de l’Inserm concernant la création de «salles d’injections».

Il y a deux ans, lors de la conférence de Mexico, vous n’étiez pas venue. Vous venez à Vienne. Pourquoi ?
J’étais dans l’impossibilité de me rendre à Mexico et certains y ont vu, par erreur, une marque de désintérêt. Le sens de ma venue est clair : réaffirmer l’engagement de la France sur le plan international, mais aussi sur le plan national où nous sommes en train de préparer le 5e plan de lutte, qui doit traduire une inflexion forte de la politique de santé en ce domaine, car je pense que nous sommes aujourd’hui en mesure de casser l’épidémie dans notre pays.

Certains craignent un désengagement. Qu’en est-il ?
Il n’en est rien. J’entends réaffirmer l’engagement financier de la France auprès du Fonds mondial, engagement qui sera conforté à haut niveau. Nous avons un rôle moteur au niveau international : avec 300 millions d’euros par an, nous sommes le premier contributeur européen et le deuxième mondial après les Etats-Unis. S’ajoutent les 160 millions alloués à Unitaid [qui contribue à l’extension de l’accès aux traitements, ndlr] grâce à la taxe sur les billets d’avion. Enfin, dans la droite ligne du dernier sommet du G8, le président de la République annoncera, lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, les engagements de la France pour la période 2011-2015, notamment en matière de santé maternelle et infantile.

La quasi-totalité des acteurs du sida en France dénoncent le flou entourant le prochain plan …
Le document qui a circulé n’était pas le plan finalisé mais un document de travail, je regrette qu’il y ait eu sur ce sujet une incompréhension. En tout cas, nous travaillons sur le plan lui-même et nous allons intégrer tous les rapports réalisés sur ce sujet. Sur la base de ces nombreuses contributions et après une nécessaire phase de concertation avec les acteurs, notamment le Conseil national du sida et la Conférence nationale de santé, je présenterai le plan à la rentrée.

Quel sera son contenu ?
Je veux aller vers un plan de santé publique, car on ne peut plus se contenter d’avoir une approche sectorielle. D’abord, c’est le renforcement du dépistage au sein de la population générale dans le cadre du système de soins avec les médecins traitants. Nous entendons également réformer le dispositif du dépistage anonyme et gratuit. Sur des groupes plus ciblés, et en particulier les gays, je veux ouvrir, dès 2011, 10 centres de dépistage dans lesquels les associations interviendront. Sur ce point, nous devons encore régler quelques difficultés juridiques. Mais, je le redis, sur le dépistage, je n’ai qu’un objectif : le déstigmatiser, le banaliser.

Vous avez également reçu un rapport sur les salles d’injections par voie intraveineuse pour les toxicomanes. Qu’allez-vous en faire ?
Je tiens clairement à dire qu’il ne s’agit pas, avec ces dispositifs, de dépénaliser l’usage de drogues. Il s’agit bien d’une démarche sanitaire et c’est dans ce cadre que j’ai saisi l’Inserm, car, en tant que ministre de la Santé, je suis en charge de la politique de la réduction des risques chez les usagers de drogues. Dans le rapport, les experts affirment qu’il faut une politique de prise en charge globale intégrant la prévention, la réduction des risques et les soins. Je constate que l’Inserm, et au-delà la communauté médicale, a émis une recommandation favorable à la mise en place expérimentale de centres de consommation supervisés. Il nous revient de prendre en considération cet avis et d’engager une concertation avec tous les partenaires concernés, notamment les collectivités locales.


Et les centres de santé sexuelle?
J’y suis favorable, mais avant de prendre ma décision j’attends de lire le rapport de l’IGAS à ce sujet. En tout cas, en septembre nous présenterons toutes les décisions. Ceux qui étaient inquiets seront, je le crois, alors pleinement rassurés.
Lundi 19 Juillet 2010 - 10:14

(Source Libération)




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