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Bachar al Assad, Jours tranquilles à Damas




Alors qu'Américains et Français s'échinent à bombarder les milices de l'Etat Islamique en Syrie et en Irak dans l'objectif d'affaiblir sa capacité de nuisance, Bachar al Assad , l'homme qui était au cœur du cauchemar sécuritaire de cette région, semble avoir disparu des radars. Les médias arabes d'obédience saoudienne ou qatarie, jadis mobilisés pour en décrire les méfaits sataniques, se limitent ces jours-ci à un exercice de dénonciation minimum. Les trop rares apparitions du président syrien sont couvertes avec une parcimonie et une retenue qui en dit long sur le grand tournant qu'une telle crise est en train de vivre. La grande échelle des priorités est en train de changer de physionomie et la hiérarchie des dangers connaît une grande transformation.

Par Mustapha Tossa




En effet, avec le recul, force est de constater que Bachar al Assad, fidèle à la légendaire malice de son père, s'est révélé être un fin manœuvrier. Depuis son arrivée presque accidentelle au pouvoir, les médias l’avaient présenté comme un grand dadais, naïf et sans expérience. Alors que la bourrasque du changement qui a soufflé sur le monde arabe avait fait tomber des statures plus solides, Bachar al Assad , après presque quatre années d'une incroyable guerre, après une mobilisation et une animosité de la communauté internationale sans précédent, le voilà toujours debout tenant le sceptre de son pouvoir comme un défi vivant à ses détracteurs.

Était-ce de la manœuvre machiavélique ou un heureux concours de hasard et de circonstances, le pestiféré d'hier est devenu pour beaucoup une pièce maîtresse dont il faut négocier le départ plutôt que démanteler le régime comme cela a été le cas, en d'autres temps, pour le frère irakien Saddam Hussein. L'unique raison apparente est cette conviction tardivement installée dans les cercles de pouvoir occidentaux est qu'un dictateur local, aussi sanguinaire soit-il, est toujours mieux et plus fréquentable qu'un fou au vernis religieux et aux obsessions globalisées incarné par le fameux Daesh.

Conjugué aux soutiens politiques russe et iranien, cette brusque réalité est à l'origine du grand freinage arabe et international sur la Syrie. Il est vrai que ce tournant ne va pas jusqu'à dérouler le tapis rouge devant Bachar al Assad ni desserrer l'étau de son isolement, mais l'actualité urgente est d'affaiblir, voire éradiquer les milices de l'Etat islamique, plutôt que de démanteler le pouvoir de Damas.

Pour relativiser l'angle aigu de ce tournant et ne pas oublier par conséquent la sanglante facture de Bachar al Assad, Américains et Français se donnent régulièrement bonne conscience en appelant à aider et armer "l'opposition syrienne modérée". Un vocable militaire aux contours si flous et si indéterminés que le seul message à transmettre derrière cette posture est de dire aux opinions que si nous luttons contre les ennemies de Bachar, cela ne veut pas dire que nous consolidons son régime.

D'ailleurs l'opposition syrienne est de celle qui souffre d'une richesse et d'une variété paralysante. Déchirée entre des allégeances multiples et souvent contradictoires, avec des agendas aux intérêts croisés comme celle que peuvent dicter Istanbul, Ryad ou Doha, elle dispersée, souvent en prise à des guerres d'égos et de réseaux qui n'augmentent pas l'indice de sa crédibilité.

Mais de ces allusions politiques, Bachar al Assad n'a que faire. Lui sait qu'il a gagné la partie le jour où la communauté internationale a abandonné l'option militaire contre lui et à décidé de diriger sa puissance de feu contre Daesh. Négocier son départ dans le cadre d'une période transitoire n'est pas le grand danger mortel pour lui dans la mesure où l'incapacité manifeste de l'opposition à se trouver un leadership crédible n'est pas de nature à menacer dangereusement sa propre existence.

De l'aveu même de Washington et de Paris, la guerre contre Daesh ne sera pas cette brève promenade de santé que certains imaginent. Elle prédira du temps et de l'argent. Autant de facteurs qui vont laisser à Bachar l'opportunité de reconstruire ses rangs et son pouvoir quelques peu malmenés par cette guerre. Déjà, politiquement il marque des points tous les jours lorsqu’ il fait offre de service de joindre ses efforts à ceux de la communauté internationale dans sa guerre contre le terrorisme.

Même si son offre est publiquement rejetée au nom de ce refus d'admettre ce grand tournant, son régime sort progressivement de son statut d'ennemi à abattre pour accède à celui de possible collaborateur. Il confirme largement cette impression lorsque les services de sécurité occidentaux sollicitent en toute discrétion son aide pour gérer la vague de jeunes européens qui ont cédé aux sirènes du Djihâd mondial et qui se sont inscrits dans le combat de l'Etat Islamique. Ces jeunes et leur possible retour représentent un cauchemar sécuritaire pour les Européens. Bachar al Assad utilise cette carte et les grandes peurs qu'elle suscite pour se rendre encore plus indispensable que jamais et éloigner les pulsions qui appellent à sa chute.

Dimanche 26 Octobre 2014 - 15:01



Dimanche 26 Octobre 2014 modifié le Dimanche 26 Octobre 2014 - 15:08


1.Posté par François le 29/10/2014 17:36 | Alerter
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Avec Bachar al Assad les occidentaux se sont montrés moins manichéens qu'à l'accoutumée. Saddam Hussein a fait les frais de leur grande naïveté, la paix dans la région a fuit pour longtemps. Tout n'est pas rose pour autant, bien sùr, la diplomatie orientale demande une habileté diabolique à ceux qui veulent s'y risquer... Les Américains sont largués, les Français ont eu de bons spécialistes, il faut le reconnaitre. Les Israëliens sont les grands interlocuteurs incontournables de la région, tout passe par eux finalement.

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