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BP: trois mois de fausses solutions miracles contre la marée noire


Mercredi 21 Juillet 2010 modifié le Mercredi 21 Juillet 2010 - 18:12




BP: trois mois de fausses solutions miracles contre la marée noire
Les trois derniers mois ont été rythmés par les annonces du géant pétrolier British Petroleum (BP) pour lutter contre la marée noire dans le golfe du Mexique. Couvercle, capuchon, entonnoir, top kill, junk shot... l'entreprise britannique n'est jamais à court d'un nouveau dispositif. Mais les échecs se succèdent, aggravant même parfois la situation. La com de BP n'y fait rien, ne parvenant pas à redresser l'image durablement entâchée de l'entreprise.

Rappel des faits. Le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon explose dans le golfe du Mexique, à 65 kilomètres des côtes de Louisiane. Cinq jours plus tard, la compagnie British Petroleum, qui exploite la plateforme, annonce que du pétrole s'échappe du puits. C'est le début de la pire catastrophe écologique de l'histoire des Etats-Unis.

26 avril, les robots sous-marins
Le principe: BP envoie quatre robots travailler en pleine mer pour fermer le bloc obturateur - une valve de sécurité destinée à contrôler la pression - du puits, ce qui permettrait de couper la fuite de brut.

Le résultat: à 1500 mètres de profondeur, les efforts des bras robotiques restent vains.

8 mai, le couvercle géant

Le principe: un dôme d'acier et de béton, pesant 100 tonnes et mesurant 12 mètres de haut, est déposé au fond de l'eau. Disposé sur la tête du puits endommagé, il est censé pomper 85% du brut, pour ensuite le récupérer à bord d'un pétrolier situé à la verticale.

Le résultat: le même jour, le dispositif doit être retiré en raison de la formation de cristaux similaires à de la glace, qui colmatent les tuyaux et rendent impossible le pompage.

La version de BP: «Je ne dirais pas encore que cela a échoué. Je dirais plutôt que ce que nous avons tenté de faire la nuit dernière n'a pas marché», déclare Doug Suttles, directeur des opérations pour BP.

12 mai, le couvercle «miniature»
Le principe: la pose de ce nouveau couvercle, plus petit, d'un poids de 1,6 tonne pour environ 2,4 mètres de hauteur, s'accompagne de l'injection d'eau chaude et de méthanol dans les conduits. BP espère ainsi limiter la formation de cristaux.

Le résultat: le géant pétrolier avait vu juste en évoquant «un procédé inédit et très complexe». Dès le lendemain, l'idée du couvercle est abandonnée...

13 mai, le tube aspirateur
Le principe: BP décide d'installer un tube pour «aspirer le pétrole» qui s'échappe du gisement. Aidés par des sous-marins télécommandés, les ingénieurs du géant pétrolier introduisent un tube de 15 cm de diamètre dans le puits.

Le résultat: le 17 mai, BP affirme enregistrer de «grands progrès» grâce à ce tuyau. Les hydrocarbures sont stockés à bord d'un navire à la surface. Selon BP, 2000 barils seraient ainsi siphonnés quotidiennement. Une goutte d'eau quand on connaît l'ampleur de la fuite, jusqu'à 70.000 barils par jour.

La version de BP: «Nous avons les meilleurs spécialistes au monde qui y travaillent. Nous repoussons les limites de la technologie», assure Doug Suttles, le 14 mai.

27 mai, l'opération «top kill»...
Le principe: injecter de la boue (une solution d'eau et de matières solides) à forte pression dans les conduits menant à la valve anti-explosion du puits, d'où s'échappent le pétrole et le gaz.

La version de BP : Malgré plusieurs tentatives ratées, BP continue la méthode Coué, estimant «entre 60 et 70%» les chances de réussite de l'opération. Un bel optimisme qui - au passage - avait permis à l'action BP de reprendre un peu de vigueur.

... complétée d'un «junk shot»
Le principe: La boue ne suffisant pas, BP a alors tenté le fameux «junk shot», une injection de débris tels que morceaux de pneus, de cordes ou même balles de golf.

Patatras. Deux jours plus tard, BP annonce l'échec du «top kill» et du «junk shot», d'un très factuel: «Nous n'avons pas été en mesure de maîtriser l'écoulement du puits. Le flot était trop important».


Le 3 juin, le «lower marine riser package cap»

Le principe: il s'agit de placer un capuchon au dessus du fameux BOP (pour «Blow Out Preventer», un ensemble de valves de sécurité qui ne s'est pas refermé comme il aurait dû). Une opération censée rediriger le pétrole vers une barge de récupération en surface.

Déjà vue. Cette solution rappelle un peu celle du couvercle de confinement tentée début mai sans résultat. A une différence près: le capuchon est cette fois plus petit, afin d'éviter la formation de glaçons. Toute la difficulté de l'opération est alors de récupérer un maximum d'hydrocarbures sans que la pression ne soit trop forte et n'arrache le chapeau.


La version de BP : «Nous sommes confiants que l'opération va marcher, même si évidemment nous ne pouvons pas garantir le succès», prédit Doug Suttles.

La cata. Il sera retiré vingt jours après à cause d'une fuite de gaz. Pire, ce capuchon pourrait avoir eu l'effet inverse à celui escompté en augmentant «jusqu'à 20%» la quantité de pétrole qui se déverse dans l'océan. Car pour installer ce caisson, BP a coupé le tuyau qui reliait le puits à la plateforme accidentée et ce tuyau freinait peut-être une partie du débit....

15 juillet, le super entonnoir «Top Hat 10»
Le principe: ce nouvel entonnoir est censé récupérer l'intégralité du pétrole qui s'échappe du puits. Ou encore mieux stopper définitivement la marée noire. Il remplace le précédent modèle, qui ne captait qu'environ 25.000 barils de pétrole par jour, sur les 35.000 à 60.000 qui grossissent quotidiennement la marée noire.

La version de BP: «Ne crions pas encore victoire», commence Doug Suttles, un peu échaudé, avant de reprendre son rythme de croisière et d'annoncer des «signes encourageants».

La question toujours en suspens: le «top hat 10» va-t-il résister à la pression? Lundi, une fuite et plusieurs anomalies sont détectées. Elles n'auraient, à en croire les autorités, aucune incidence sur les opérations.

Ce mardi, BP a été autorisé à maintenir fermé pendant encore 24 heures le puits pour des tests de résistance. La crainte est que, emprisonné dans le puits, le pétrole comprimé ne finisse par ouvrir des brèches.

Mais pas de souci, BP est déjà prêt à sortir de son chapeau une nouvelle solution... De quoi occuper l'espace jusqu'à la mise en service des deux puits de secours - au plus tôt mi-août - présentée depuis avril comme la seule solution pérenne.
Mercredi 21 Juillet 2010 - 18:09

(Source Libération)




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