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Aubry-Hollande, la guerre des rosses


Mercredi 12 Octobre 2011 modifié le Mercredi 12 Octobre 2011 - 11:02

Opposés ce soir à la télévision, les finalistes de la primaire socialiste intensifient leur campagne. Et ne retiennent plus leurs coups.




Aubry-Hollande, la guerre des rosses
L’affiche est alléchante. Le débat télévisé de ce soir entre Martine Aubry et François Hollande, les deux finalistes de la primaire socialiste, va-t-il tourner au duel de western ? Avec elle en as de la gâchette canardant «la gauche molle». Ou en remake du Plus Grand Chapiteau du monde avec lui en lanceur de couteaux ? Que nenni ! assuraient hier leurs entourages respectifs. En pleine crise et avec les regards de la droite braqués sur les duellistes, l’enjeu semble trop important pour s’abandonner au pugilat… «Le format de l’émission l’interdit. On ne peut pas larguer des bombes pendant une heure et demie sur celui ou celle qui sera le ou la candidat(e) socialiste à la présidentielle la semaine prochaine», souligne un proche de Hollande. «Ce sera un débat de mobilisation et de comparaison», confirme un ami d’Aubry. Sauf que, personnellement, les deux ne s’apprécient guère. C’est un euphémisme (lire pages 4-5). Et que se différencier est difficile lorsqu’on vient de la même école : tous deux sont des réformistes sociaux-démocrates, biberonnant à l’idéal européen de Delors et éclos dans la couveuse Jospin. Mais ce débat est crucial puisque le résultat du second tour reste ouvert. En remportant 39,2% des voix au premier tour, François Hollande est arrivé en tête avec près de 9 points d’avance dimanche, mais l’élan semble plutôt du côté d’Aubry qui a totalisé 30,4%. «Je ne crois pas aux sondages, mais le dernier confirme que la dynamique est de notre côté», se félicite l’aubryste Caroline de Haas, en allusion à une étude OpinionWay pour le Figaro. «Il ne faut pas crier qu’on a gagné quand on est deuxième», corrige Vincent Peillon, un des ténors hollandais, qui a convoqué la presse au siège du PS, pour une série de rappels à l’ordre des aubrystes.

Avec la primaire, le PS est entré en terre inconnue dimanche, attirant plus de 2,6 millions d’électeurs désireux de tourner la page du sarkozysme. Que deux poids lourds d’un même parti s’affrontent pendant 90 minutes en prime time est passé dans les mœurs aux Etats-Unis. Mais en France, l’exercice est totalement inédit. Pour assurer le spectacle, France Télévisions a insisté pour que les candidats soient face à face comme pour le traditionnel débat de l’entre deux tours de la présidentielle. Mais leurs entourages ont exigé que les pupitres soient côte à côte, tournés vers les caméras et donc les Français. Les négociations se poursuivaient encore hier soir jusqu’au moindre détail. Pour s’assurer une audience maximale, le PS, qui espère amplifier la mobilisation dimanche, a cherché à obtenir que ce duel soit aussi retransmis sur BFM TV et i-Télé, ce que France 2 a refusé. Trois grands thèmes ont été actés : la crise économique et sociale, la politique européenne et internationale - jusqu’alors absente des joutes socialistes - et la République.

«Miroir». Chaque candidat va prendre toute la journée pour se concentrer. Une technique éprouvée par Aubry, qui a pris l’habitude de se replier sur son appartement parisien avant chacun des trois débats du premier tour. Signe que l’heure est grave, Hollande s’est imposé le même planning cette fois, alors que mercredi dernier, il était revenu quasiment à la dernière minute d’un déplacement à Rouen, passant un peu à côté du rendez-vous.

Cette fois, pour les deux «impétrants», comme les nomme à tort Arnaud Montebourg, pas question de se louper sur les deux véritables enjeux du match : la crédibilité et la «présidentiabilité», c’est-à-dire la capacité à battre Nicolas Sarkozy. «Elle va miser sur ses propres atouts pour renvoyer par effet miroir aux faiblesses de François. Mettre en avant quelqu’un de constant, d’une gauche qui s’assume, une gauche forte face à Sarkozy», confie Bruno Julliard, de l’équipe Aubry. «François va affirmer qui il est», explique Stéphane Le Foll, son bras droit. «C’est parce qu’il regarde la réalité en face qu’il peut la changer et la réformer : tel est son positionnement», ajoute son conseiller Olivier Faure.

Pour ce qui est de la crédibilité, les deux concurrents s’attendent au tournant sur le cas Montebourg, invité fantôme du débat de ce soir. La tâche est délicate : séduire les 17,2% d’électeurs ayant choisi le candidat de «la démondialisation» au premier tour sans se faire accuser de zigzag idéologique et d’opportunisme électoral. Surtout que le député de Saône-et-Loire, qui savoure sa position d’arbitre, a fait monter encore un peu les enchères, publiant hier après-midi sur Libération.fr sa lettre ouverte à Aubry et Hollande. Dans laquelle il leur pose trois questions, sur «le contrôle politique du système financier», le «protectionnisme», socle de sa démondialisation (lire pages 6-7) et sur la VIe République, qu’il «défend depuis douze ans» et que ni Hollande ni Aubry n’ont eu le courage de reprendre à leur compte, selon lui. L’ex-première secrétaire est la destinataire d’une petite gifle supplémentaire sur la notion de «juste échange». Aubry brandit ce dispositif, intégré au projet du PS, comme la réponse adéquate aux inquiétudes des électeurs de Montebourg face à la mondialisation. «Cela ne saurait suffire», prévient le troisième homme de la primaire, qui exige une réponse écrite sur toutes ses interrogations. Faire durer le suspense, alors qu’il est sur une ligne plus proche d’Aubry que de Hollande, est aussi une façon déguisée d’avantager ce dernier. Cela n’a pas échappé à la maire de Lille : «Ah, mais chacun fait ce qu’il veut ! Moi, je m’adresse aux Français», a-t-elle répliqué hier dans la Creuse.

Costume. Pour leur premier déplacement d’entre deux tours, l’ex-ministre de l’Emploi est allée défier Nicolas Sarkozy en visite dans le même département (lire page 11) tandis que Hollande improvisait un déplacement sur un marché du XVIIIe arrondissement de Paris. Les hollandais ont dû réajuster une campagne de second tour qu’ils entrevoyaient comme une formalité. Lundi, on dit le candidat dans le Val-d’Oise, il est à son bureau. On l’annonce pour mardi en Corrèze, il choisit le centre d’une grande ville où Aubry a cartonné dimanche. «Je vais aller là où j’ai le plus à convaincre», confirme-t-il devant les étals du marché où une poignée de militants distribue un tract à son nom - le premier de la campagne - où il s’érige en «homme d’écoute et de respect».

A l’égard des Français sûrement. Mais face à Aubry, finies les «phrases affectueuses». Sur le trottoir du boulevard Ornano, il arbore son costume du second tour : «La gauche que j’incarne est solide et sincère.» «Moi je n’ai hérité de rien», poursuit-il, visant l’ascendance de sa rivale et dénonçant des «attaques obliques». Qui n’ont guère tardé à pleuvoir. A Guéret, Aubry dégaine à nouveau la «gauche molle» et dans le quotidien Métro d’aujourd’hui, elle renchérit : «Chacun sait que nous avons des tempéraments différents, que j’ai une expérience importante…» Et comme Hollande se présente désormais en «candidat du changement», l’équipe Aubry a intitulé son tract de deuxième tour : «Pour un vrai changement.» Ça promet !


Par MATTHIEU ECOIFFIER, LAURE BRETTON
Mercredi 12 Octobre 2011 - 10:46

Libération




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