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Au Maroc, les espoirs naissants de migrants et réfugiés africains


Samedi 22 Novembre 2014 modifié le Samedi 22 Novembre 2014 - 12:40

Dans une ruelle d'un quartier populaire de Rabat, la petite boutique de Moctar Touré, spécialisée dans la réparation de matériel ménager, tourne à plein régime. Régularisé l'an dernier, ce réfugié ivoirien entrevoit désormais un avenir dans le royaume, malgré les difficultés.




Séparé de l'Europe par les 15 kilomètres du détroit de Gibraltar, le Maroc est de longue date une terre de transit pour les migrants venus d'Afrique subsaharienne en quête de "l'eldorado" européen.

Mais face au marasme économique et au durcissement des règles migratoires sur le Vieux continent, le royaume chérifien tend à devenir un pays d'accueil.

Arrivé il y a neuf ans pour échapper au conflit dans son pays, Moctar Touré s'est longtemps contenté de vivoter à l'aide de "petits boulots" informels. "Au début ce n'était pas difficile... c'était impossible!", se souvient le trentenaire.

Mais, après les années de galère, ce père de famille a obtenu l'an dernier sa carte de séjour. Et tout s'est enchaîné: grâce au financement d'une association locale d'aide aux réfugiés, l'Amappe, il a trouvé un toit pour vivre. Puis loué un atelier où il exerce un métier qui lui permet de gagner sa vie. Ouverte il y a quatre mois, cette boutique d'une dizaine de mètres carrés ne paie pas de mine. Mais, avec quatre clients par jour, elle a trouvé son rythme. Depuis peu, Moctar emploie même Sylvain, un compatriote.

Le "bouche à oreille" a fait son oeuvre: "90% de mes clients sont Marocains", avance l'Ivoirien fièrement.

Illustrant ce phénomène, une cliente en djellaba entre. "Ma voisine m'a dit que tu réparais bien les machines à laver". Une conversation en darija -l'arabe dialectal marocain- s'engage.

Pour ce réfugié en voie d'intégration, "repartir en Côte d'Ivoire serait quelque chose d'anormal". "Aujourd'hui, je souhaite transformer mon atelier en entreprise", avance-t-il.



- 'Multiples refoulements' -

En 2014, pour répondre à l'afflux en même temps qu'aux critiques d'ONG, les autorités ont lancé un programme de régularisation parmi les 30.000 migrants et réfugiés qui se trouveraient sur le sol marocain. A fin octobre, 4.385 cartes, sur plus de 20.000 demandes, avaient été délivrées.

A Casablanca, la capitale économique, Serge Gnako, un Ivoirien de 35 ans, est président d'une association de migrants, la Fased (Force africaine de la solidarité des enfants de Dieu).

Cet universitaire, qui vit aujourd'hui de cours de français, est arrivé au Maroc il y a cinq ans en tant que réfugié. Il a alors subi de multiples refoulements aux frontières, une pratique que le Maroc a cessé depuis l'annonce de sa nouvelle politique migratoire.

Serge estime revenir de loin. Au début, il était "difficile d'aller se soigner ou d'inscrire ses enfants à l'école. Maintenant, ça change", assure-t-il.

"Je crois en l'avenir au Maroc et je vais scolariser mon enfant pour qu'il apprenne l'arabe", explique ce père d'un nourrisson d'un mois.

Dans son quartier à faibles loyers d'Oulfa, l'école publique accueille à ce jour une quinzaine d'enfants originaires d'Afrique subsaharienne, à la faveur d'une récente circulaire ministérielle.

- 'Ana Maghribi' -

Pour autant, beaucoup de chemin reste à parcourir, notamment en terme d'accès à l'emploi, dans un pays où le taux de chômage des jeunes avoisine 30%.

"La carte de séjour permet de chercher du travail, pas d'en trouver", résume Reuben Yenoh Odoi, membre du Conseil des migrants subsahariens au Maroc.

Beaucoup envisagent encore de "prendre la mer", poursuit ce Ghanéen, en référence aux tentatives pour rejoindre l'Espagne voisine à l'aide, le plus souvent, d'embarcations de fortune.

Des centaines tentent en outre régulièrement de pénétrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, sur le littoral nord du Maroc, seules frontières terrestres entre l'Europe et l'Afrique.

A Melilla, au risque de profondes blessures, peu parviennent à franchir la triple barrière grillagée côté espagnol, à laquelle s'ajoute désormais une quatrième, côté marocain.

Pour ceux qui font le choix de demeurer au Maroc, "l'obtention de papiers ne règle pas la question de l'intégration d'un coup de baguette magique", reconnaît Driss el Yazami, président du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), institution impliquée dans le programme de régularisations.

Et la simple cohabitation entre communautés reste parfois délicate. En août, un Sénégalais est mort dans de violents affrontements entre migrants et résidents d'un quartier de Tanger.

Les difficultés ne font toutefois pas peur à Simon Ibukun, un musicien nigérian de Casablanca. "+Ana Maghribi+ (je suis Marocain), et à ce jour je travaille dur pour créer ma boîte dans l'événementiel et devenir mon propre patron", clame-t-il, dans un darija quasi parfait.
Samedi 22 Novembre 2014 - 08:59

AFP




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