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Attentats terroristes: En quoi le Maroc serait responsable des actes de djihadistes vivant en Europe?


Mardi 3 Octobre 2017 modifié le Mercredi 4 Octobre 2017 - 08:36

Mustapha Belhaj, président de l'association des initiatives citoyennes à Taroudant




Le terrorisme est une maladie. Il est au XXIème siècle ce que le nazisme fut au XXème ou encore les guerres de religions aux siècles passés...

La situation exige rigueur et sérieux pour en chercher les causes. Peut-on tenter d'analyser un fait, lui apporter une explication, un pseudo remède en l'isolant de tout le reste? Comment parler de terrorisme sans parler de l'environnement dans lequel vivent ces djihadistes? Tant que nous pointerons un doigt coupable et facile pour désigner l'autre comme responsable (que ce soit un individu, une religion, un pays...), nous ne ferons pas face à nos responsabilités et le changement ne viendra pas.

Comme le rappelait Abdelwahab Meddeb dans son ouvrage La maladie de l'islam, toute critique pour être honnête doit commencer par soi-même. Il est tellement facile de projeter sur l'autre toutes les responsabilités sans évoquer les systèmes d'intégration des pays où sont nés ou ont vécu ces jeunes désœuvrés, ces ignorants d'Allah, de Nice à Berlin en passant par Paris. Eux agissent et nous payons le prix fort pour leur criminel délire. Il ne sert plus de parler ou d'écrire, ni de tendre l'autre joue ou accuser autrui. Il faut nommer l'ennemi pour mieux le combattre. A cette fin, agissons, ensemble.

Quand la classe politique européenne va-t-elle vraiment agir? Quand va-t-elle prendre réellement le mal à la racine? Combien faudra-t-il encore de dizaines, de centaines de morts innocents? Quand va-t-elle enfin s'attaquer au vrai problème du radicalisme religieux qui sévit jusque dans les banlieues des métropoles européennes, où se développent les sentiments d'exclusion, source d'intégrisme et de radicalisation. Les décideurs politiques seraient-ils aveugles au point de ne voir la progression flagrante de ce mal qui ronge et dérange nos stabilités? Moi qui suis pourtant Marocain, né au Maroc, et qui voyage souvent entre les deux rives de la Méditerranée, la contamination de l'Europe par l'islam salafiste qui n'est pas celui de mon pays natal me saute aux yeux!

Dans des sociétés de plus en plus fragiles et en manque de repères, le désarroi fleurit et la quête identitaire se crispe (échec de l'intégration, précarité de l'emploi, divers questionnements moraux, une certaine culture de l'individualisme...). Que reste-t-il à la transmission du vivre-ensemble?
La souffrance devient trop forte et nous devons l'arrêter. Non pas en projetant sur l'autre des analyses politiques étroites via la posture de quelques intellectuels et journalistes et leur indignation sélective.

Avec les derniers attentats en Catalogne, le Maroc a été mis en cause par certains médias car ces attentats ont été commis par des personnes de nationalité ou d'origine marocaine mais vivant sur le sol européen. Certains y sont nés, d'autres sont arrivés en bas âge. En quoi le Maroc serait responsable de leurs actes abjects? Le Maroc mène une lutte sans merci contre le terrorisme.

Depuis la création en 2015 d'un Bureau central d'investigations judiciaires, le Maroc a permis de passer à un niveau supérieur en matière d'institutionnalisation de la traque anti-terroriste. Ce bureau a empêché une cinquantaine d'attentats, démantelé 300 cellules, fait arrêter et incarcérer plus de 2.000 revenants des zones sensibles, en misant parallèlement sur le déracinement de la pensée intégriste et terroriste qui passe par la déconstruction du discours obscurantiste grâce aux institutions qui mettent en place des productions scientifiques décrédibilisant les thèses des rejetons de Daech, ce qui lui a valu la coprésidence du Forum global de lutte contre le terrorisme. La stratégie du développement humain n'est pas à minimiser, en elle se pointe la sortie.

En France, le président de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris, Georges Fenech, spécialiste également de la lutte contre les sectes et les dérives sectaires, avait déclaré que "notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut se préparer", et avait préconisé la création d'un tel bureau en France.

Outre la lutte contre les idéologies de haine, c'est une solide coopération qu'il convient d'initier entre les pays européens et leurs voisins du sud. Celle-ci s'impose aujourd'hui plus que jamais pour pouvoir vivre dans un monde apaisé où la violence et le terrorisme seraient radiés.

Mardi 3 Octobre 2017 - 16:03