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Amaq: fausse agence de presse, vrai instrument de propagande


Mercredi 7 Juin 2017 modifié le Mercredi 7 Juin 2017 - 18:26

Sept annonces en une semaine, des attaques aux quatre coins du monde : qu'il les ait organisés, guidés ou inspirés, le groupe État islamique (EI) a mis sur pied une efficace machine à revendiquer les attentats avec son "agence de presse" Amaq, estiment des analystes.




Amaq: fausse agence de presse, vrai instrument de propagande
De Manchester à Melbourne, en passant par la Somalie, l'Indonésie, l'Égypte, Manille et Londres, la semaine du 29 mai au 5 juin a été marquée par une série d'actions meurtrières qui ont été rapidement revendiquées par le groupe jihadiste, la plupart du temps par son canal habituel, Amaq.

Si elle tente d'adopter, sur internet, les codes des médias internationaux, avec notamment des bandeaux "Breaking News" ou un vocabulaire neutre, cette "agence" est d'abord un organe de propagande, mais n'a pour l'instant pas été prise en flagrant délit de mensonge et ses revendications sont considérées comme fiables par les experts et les services anti-terroristes.

"La multiplication des revendications, au cours des derniers jours, correspond à la multiplication des actions", explique à l'AFP Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements islamistes.

Ces revendications correspondent toujours à des actions inspirées, guidées ou organisées par l'EI "parce qu'ils ne peuvent se permettre de mentir sur un cas, ou de revendiquer des actions qui n'ont pas été menées en leur nom. Si c'était le cas, ils seraient la risée de toute la mouvance jihadiste. Leur crédibilité est en jeu".




L'Américain Thomas Jocelyn, du centre de réflexion Foundation for Defense of Democracies à Washington, ajoute : "Nous n'avons pas connaissance de revendication vraiment fausse. Ils peuvent exagérer ou avoir certains problèmes, mais nous n'avons aucun exemple d'une revendication qui aurait été clairement inexacte".

A l'apogée du "califat" autoproclamé sur les territoires que l'EI contrôlait en Syrie et en Irak, la communication du groupe était centralisée et placée sous le contrôle de chefs puissants, elle est désormais davantage décentralisée, donc plus rapide, estime Mathieu Guidère.

"Un nouveau mode de revendication a été mis en place", dit-il. "Auparavant il fallait la validation du commandement central, maintenant, comme ils perdent du terrain sur tous les fronts, il y a des correspondants décentralisés d'Amaq qui sont habilités à revendiquer au nom de l'EI".

"Ils ont appelé tous leurs partisans, partout dans le monde, à passer à l'action pour montrer qu'ils n'étaient pas finis, malgré leurs revers sur le terrain en Syrie et en Irak", ajoute-t-il. "Ils veulent prouver qu'ils restent actifs en dehors des terres du califat, qui diminuent actuellement, et que la réserve de combattants à l'extérieur est plus importante que ce qu'il y a à l'intérieur".

Même s'il peut être ténu, sous la forme d'un courriel, ou d'un mot laissé avant une action suicide, un lien doit exister entre l'EI et le ou les jihadistes qui sont passés à l'action pour que le groupe le revendique, précise à l'AFP Romain Caillet, consultant sur les questions islamistes.

"Soit ils ont organisé les actions directement, soit ils ont assez d'éléments pour être convaincus qu'ils ont guidé ou inspiré l'auteur de l'attaque. Ça peut être une vidéo, l'échange de messages, il faut qu'il y ait un contact", explique-t-il.

"Amaq est une création de l'État islamique pour remplacer les comptes twitter qu'ils utilisaient auparavant, et qui sont désormais régulièrement fermés", ajoute-t-il.

Le fonctionnement interne d'Amaq, comme des autres médias contrôlés par l'EI, reste en partie mystérieux, malgré les témoignages de certains membres de l'organisation, qui ont fait défection ou ont été arrêtés et interrogés. Ils décrivent une organisation importante au sein de l'EI, dotée de gros moyens et considérée comme cruciale par les chefs du groupe.

La semaine dernière, les réseaux sociaux ont annoncé la mort en Syrie, dans un bombardement de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, d'un des fondateurs d'Amaq, le syrien Rayan Machaal, ancien révolutionnaire d'Alep passé fin 2013 sous les ordres du "califat" de l'EI. L'information n'a pas été confirmée pour l'instant.

afp
Mercredi 7 Juin 2017 - 08:42





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