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Affaire Bettencourt - Les multiples visages du procureur Courroye


Lundi 12 Juillet 2010 modifié le Lundi 12 Juillet 2010 - 18:54

Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, suscite une vive polémique alors qu'il est chargé de mener l'enquête préliminaire dans le dossier Bettencourt. Pourquoi de tels doutes ?




Affaire Bettencourt - Les multiples visages du procureur Courroye
Dominique de Villepin a invité, vendredi dernier sur France Info, à respecter « l'indépendance de la justice » dans le cadre de l'affaire Bettencourt. Une nouvelle fois, c'est le procureur Philippe Courroye qui est visé. Beaucoup demandent même qu'il soit dessaisi de l'affaire au profit d'une juge d'instruction indépendant. Qui est Philippe Courroye et quelles sont les raisons de ce manque de confiance ?

Le temps de l'intransigeance

Dans les années 90, Philippe Courroye est un des symboles de l'indépendance de la justice. Il met fin, à Lyon, à la carrière du maire RPR, Michel Noir puis, à Grenoble, du maire RPR Alain Carignon, tous deux condamnés pour corruption.

Au début des années 2000, il est chargé du dossier des ventes d'armes à l'Angola. C'est un nouveau succès. Sont condamnés le fils aîné de l'ancien président Mitterrand, Jean-Christophe, et l'ex-ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua.

De 1999 à 2007, il conserve donc à Paris sa réputation d'indépendance. « Il était vraiment indépendant, y compris vis-à-vis de gens proches de Nicolas Sarkozy quand elui-ci était ministre de l'Intérieur », confient deux responsables de la police financière parisienne.

C'est en 2007 qu'il est nommé chef du parquet de Nanterre. Il débarque alors dans l'une des juridictions les plus symboliques de la République, qui a notamment instruit les affaires des emplois fictifs du RPR. Mais Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, est surtout le fief de Nicolas Sarkozy. C'est le tournant de sa carrière.

L'ami de Sarkozy

Philippe Courroye est principalement critiqué pour sa proximité avec le chef de l'Etat. Selon un proche du président, Nicolas Sarkozy n'aurait que deux amis dans la magistrature : Yves Bot, ancien procureur de Paris, et Philippe Courroye.

Ayant travaillé main dans la main sur le dossier des nationalistes corses en 2003, Nicolas Sarkozy et Philippe Courroye, qui se connaissent depuis la foin des années 90, se rapprochent alors que le premier est ministre de l'Intérieur. Les époux Courroye recevront même le couple présidentiel pour un dîner privé. Le 24 avril 2010, le procureur est décoré de l'ordre national du mérite par le chef de l'Etat.

A Nanterre, l'ancien symbole de l'indépendance perd son image de chevalier blanc. Il est vivement critiqué pour ses décisions, notamment dans l'affaire de l'appartement de Nicolas Sarkozy à Neuilly, qu'il classe. Pour Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature, le procureur Courroye « a la main sur les affaires des Hauts-de-Seine, et plus aucune n'aboutit. » Elle conclut : « Pour Sarkozy, il représente le parquet de demain. »

D 'autant que, dans l'une des écoutes clandestines réalisées chez Liliane Bettencourt, citée dans le Canard Enchaîné, Philippe Courroye est clairement mentionné. « Le conseiller juridique de l'Elysée, Patrick Ouart, me dit que le procureur Courroye allait annoncer, le 3 septembre normalement, que la demande de votre fille est irrecevable », confie ainsi Patrick de Maistre, l'homme de confiance de Liliane Bettencourt, à l'intéressée. Et, effectivement, le 3 septembre, Philippe Courroye s'exécute. Le procureur rendrait donc régulièrement compte de son action à l'Elysée.

Le retour du chevalier blanc ?

Il subsiste cependant un doute sur l'action du procureur Courroye. Dans un bref communiqué, il a ainsi confirmé qu'il avait transmis aux services d'Eric Woerth des informations sur une possible fraude fiscale de François-Marie Banier alors que l'ex-ministre du Budget affirme l'ignorer.

De plus, il a fait procéder, ces derniers jours, à plusieurs interrogatoires de l'e-comptable des Bettencourt, Claire Thibout. Des auditions qui n'ont pas manqué de gêner Eric Woerth et Nicolas Sarkozy.

Les inquiétudes gagnent donc l'Elysée. Un proche de Sarkozy, cité dans le Canard Enchaîné, pronostiquait ainsi que le procureur Courroye, frustré de n'avoir pas été nommé procureur de Paris, cherchait à « se refaire une image, redevenir le chevalier blanc. » En somme, nul ne sait, à l'heure actuelle, jusqu'où ira Philippe Courroye.


Source France-Soir
Lundi 12 Juillet 2010 - 14:52





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