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A la mémoire de Zhour Alaoui Mdaghri : souvenirs partagés au Journal 8 Mars . Par Fouzia BENYOUB


Samedi 4 Janvier 2014 modifié le Dimanche 5 Janvier 2014 - 11:53

Il y eut, début des années quatre-vingt, une créativité féminine nommée « Journal 8 Mars » : dans mon souvenir ce temps là, tu m’apparais singulière, ma chère Zhour Alaoui Mdaghri, comme l’est toujours le temps de la naissance d’une idée rebelle, d’un mouvement nouveau, porteur d’une vision pour le combat des femmes marocaines.




Fondatrices du 8 Mars
Fondatrices du 8 Mars
Singulière, Zhour, tu tais avec ta propre histoire, le trait d’union entre deux générations de militantes, celles dont la parole se voulait libre et autonome.
Lors de nos rencontres de la rédaction, ce qui m’avait frappé en toi, au premier abord, c’est ton regard attentif, ta capacité d’écoute et ta disponibilité intellectuelle et affectueuse envers Afaf Jazouli et moi même. Nous étions toutes les deux, les plus jeunes de l’équipe 8 Mars. Je ne l’oublierai jamais.

J’avais rencontré en toi, une femme qui donne des pulsions, qui font écrire.
Tu étais avec Latifa Jbabdi, rédactrice en chef du 8 Mars, celles qui trouvaient les mots pour propulser des jeunes plumes pour donner naissance à un article, à une idée, à une émotion, à une pensée.

Au 8 Mars, nous étions à l’aise, écoutées, comprises, appréciées, sans crainte du machisme qui sévit dans certaines rédactions.

Luttes de femmes ou féminisme, je ne voyais pas de différence.
Nous cherchions ensemble à améliorer le sort de femmes. Le journal 8 Mars, me semble, était la pointe, le fer de lance du féminisme marocain. C’est ce qui a sensibilisé beaucoup de femmes, d’une manière sympathisante et intéressante à la condition des femmes.

Quand je pense à cette aventure collective et partagée, je rends aussi hommage à celles qui ont rompu le silence et sont sorties de leur isolement partisan, pour clamer leurs intérêts communs pour la cause des femmes.
Ma pensée en ce jour d’hommage à ta mémoire, rendu par le CNDH ira naturellement à tes combats pluriels.

Mon pensée ira aussi à nos amies, les pionnières du 8 Mars : Aicha Loukhmas, directrice du journal, Nezha Alaoui, Khadija Chakir, Touria Tajeddine, Noura Lamhadder, Fatima Zohra Salah, Damia Benkhouya, Fatima Zohra Zriouil, Khadija Amiti, Fatima Zohra Tamouh, Aicha Lguareh, Hakima Naji, Fatima Loukhmas, Zahra Wardi, Rahma Nadif, Samia Abbad Andaloussi, Nezha Ameziane, Saâdia Waddah. Fatima Maghnaoui, sans oublier Le seul homme de la rédaction Adnane Jazouli.

Le comité de rédaction du journal était en mouvement. Nous étions dans une dynamique de mise en forme d’une pensée qui ébranla les états-majors des partis politiques et de l’establishment bien pensant et souvent rétrograde.
Il me semble que depuis plus de trente ans, la vision 8 Mars a prix une ampleur considérable même pour celles qui ne le savent pas encore. Elles se découvrent des femmes.

Je garde en mémoire, nos longues réunions, nos entretiens attentifs, ces photos de femmes qu’ont mettaient sous presse, ces mises en page non formatées. Ces nuits que je partageais avec Latifa et Afaf et la complicité affectueuse de notre cher Sidi Ahmed Hajjami, au siège d’Anoual à Rabat ou à l’imprimerie de Dar Annachr Amaghribia à Casablanca.

Tu étais Zhour, la première de la rédaction à féliciter les jeunes pouces du journal pour le travail accompli. Nous trouvions, moi et Afaf en ta présence, un souffle et un élan généreux pour aller de l’avant. Notre groupe était une bouffée d’oxygène, un espace de créativité des femmes en liberté. Une maison vaste, accueillante. Nos itinéraires personnels se conjuguaient au pluriel et accouchaient tous les mois d’un numéro, un éclairage.

Tout au long des numéros, la parole est donnée à des voix partisanes ou libres en même temps qu’est affirmé le choix d’indépendance du 8 Mars. C’est le choix du mensuel d’avoir amené des milliers de lectrices et lecteurs à s’intéresser à la question des femmes et à la politique, perçus pour beaucoup comme lointaine.

Des comités de soutien se sont crées partout dans les villes. Des femmes parlent, pensent, travaillent, vivent ensemble une aventure extraordinaire, réalisent des dossiers, des entretiens et écrivent pour la même cause.

Tu étais Zhour, celle par qui l’envie de philosopher permettait la possibilité de prendre un envol presque mystique du partage.
Tu étais aussi celle pour qui, le verbe coulait avec élégance et ivresse. Les mots pour toi s’accrochaient aux mots et désenchaînaient les maux.
Nous étions, en ta présence, bercées par la sagesse et emportées par la générosité humaine.

Tu étais le reflet d’une ambiance qui se voulait femmes pour femmes, comment marcher, ou écrire, pas au pas !
Toute au long de ton existence ci bas, tu avais la force de la conviction, de l’admiration pour la pensée, de l’acharnement pour l’égalité et la justice, et de la passion pour l’humain.

A l’UAF, ton propre parcours de femme, de militante engagée pour les droits des femmes imprégnât un travail collectif novateur.

Rappeler ici, déjà ton regard brillant de fierté, d’espoir quand tu participas au combat nationaliste pour l’indépendance du pays.
Ton enthousiasme pour publier à Vingt ans ton premier article de presse sur “la liberté de la femme”, dans le journal Al Alam.

Tu consacra ta vie à l’enseignement, dès l’âge de dix-sept ans, et plus tard à la recherche en annthropologie et sciences sociales à L’IURS.
A l’OMDH, tu as prix le drapeau des droits humains, de tous les droits avec fierté et raison.

Quand je me plonge dans ton histoire, j’observe ton combat comme un apport à un mouvement sociétal large où des éclaireuses et des déchiffreuses n’ont cessé de se battre dans une période où tout n’était pas évident.
Beaucoup reste à faire, la condition des femmes est soumise à un vent de communautarisme marquant le retour à un patriarcalisme d’un autre âge, hélas !

Tu fais désormais, partie de la vie de tant de femmes et d’hommes.
Tu avais une formidable écoute et grande modestie. Tu étais un être précieux et généreux.

La dernière fois que je t’ai vu, c’était en mai 2013 à Rabat, chez, notre chère amie Khadija Chakir. Je me souviens d’une ambiance chaleureuse, concentrée mais détendue. C’était le jour où Aicha Belarbi présenta son dernier livre « Egalité- Parité, histoire inachevée » Je t’ai longuement observé et j’ai écouté ta parole, forte, intelligente et combattante.

Ta voix raisonne encore chez Sayydate Arrabwa. Une voix qui porte une idée comme on porte un enfant, avec amour, précaution et angoisse.

Tu étais une merveilleuse maman pour Kenza et Bahya Oumlil.
Zhour, tu étais une belle personne. Repose en paix.


Samedi 4 Janvier 2014 - 17:49





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