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750 milliards d’Euros pour sauver la zone Euro


Didier Lacaze, analyste financier SFAF





750 milliards d’Euros pour sauver la zone Euro
Réunis dans l’urgence à Bruxelles dans la nuit du dimanche à lundi, les ministres des Finances de l’Union Européenne sont finalement parvenus à s’entendre sur la mise en œuvre d’un plan de stabilisation géant, aux termes de onze longues heures de négociations serrées.

Ce plan était devenu nécessaire pour couper court aux risques de contagion de la crise grecque qui menaçait de s’étendre aux pays de l’Europe du Sud dans un premier temps, mais risquait de dégénérer rapidement en crise financière mondiale. A grands maux, grands remèdes : ce sont jusqu’à 750 milliards d’euros qui pourront être débloqués si nécessaire par les instances européennes et le Fonds monétaire International (FMI). Parallèlement, la BCE a décidé d’intervenir directement en soutenant les Etats menacés, par le biais d’achats d’emprunts d’Etat.

Officiellement, il s’agit « d’un mécanisme européen de stabilisation destiné à préserver la stabilité financière en Europe ». Ces prêts se décomposent entre une facilité d’assistance de 60 milliards d’euros, apportée par la Commission européenne et de 440 milliards au titre d’un fonds complémentaire de stabilisation européen, soit 500 milliards d’euros au total.

Le FMI s’engage à apporter une contribution additionnelle pouvant atteindre 250 milliards d’euros, sous forme de crédit stand by. M. Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques et monétaires de la Commission européenne précisait que le mécanisme mis en place serait activé « seulement en cas de nécessité », spécifiant que « l’octroi des prêts sera soumis à des conditions rigoureuses » que devront respecter les pays de la zone euro qui y feront appel.

UN PLAN DE STABILISATION INSPIRÉ DU PLAN D’ASSISTANCE FINANCIERE A LA GRECE

Ce plan s’articule visiblement sur le même schéma que celui du plan d’assistance financière à la Grèce. Remarquons aussi que :
1) Le mécanisme d’intervention (« Balance of Payments Assistance Facility ») de la Commission européenne existait déjà. Son montant s’élevait à 50 milliards d’euros, et son utilisation était uniquement destinée aux pays de l’Union européenne non membres de la zone euro. Ce fonds est actuellement utilisé par la Hongrie, avec un prêt de 6,5 milliards d’euros consenti alors que sa devise était violemment attaquée (octobre 2008). L’augmentation de ce fonds d’intervention, porté de 50 à 60 milliards d’euro est très marginale et nettement en deçà des montants évoqués (110 milliards d’euros). Enfin, les objectifs de ce mécanisme d’intervention sont désormais doublés, puisqu’il servira à venir aide aux nouveaux Etats ayant rejoint récemment l’UE et désormais aux Etats de la zone euro !
2) Le second volet consiste à créer un fonds complémentaire de stabilisation européen d’un montant de 440 milliards d’euros. Aucune précision n’a été apportée, mais ont peut supposer qu’il s’agit d’un système de garanties européennes pour des emprunts d’Etats émis par les pays en difficultés. Ce volet aura sans doute été le plus âprement débattu entre les ministres des Finances de la zone euro, dans la mesure où il contrevient expressément à l’article 125.1 du Traité de Maastricht, complété par le pacte de stabilité et de croissance (sommet de Dublin, 1996) qui mentionne que l’Union européenne « ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’organismes ou entreprises publics d’un Etat membre, ni ne les prend à sa charge (…) ».
3) Des facilités ordinaires provenant du FMI, à hauteur « d’au moins la moitié » de l’effort consenti par les instances européennes, soit de l’ordre de 250 milliards d’euros si l’on prend en compte le montant global du mécanisme d’intervention et du fonds complémentaire de stabilisation, mais de 225 milliards d’euros si l’on retient seulement l’augmentation du mécanisme (10 mds).

LA BCE APPELLÉE EN RENFORT

L’institution de Francfort vient d’effectuer un virage à 180° par rapport aux toutes récentes déclarations de son président, M. Trichet, du jeudi 6 mai dernier. La BCE a en effet décidé aujourd’hui :
1) D’intervenir sur les marchés de la dette publique, comme privée de la zone euro, dans le but de « revenir à une situation normale ». Aucun montant n’a été divulgué.
2) La BCE et la Fed rétablissent des lignes de swap en dollar, qui permettent de contrer la pression sur les marchés du financement et de calmer ainsi les tensions sur le marché interbancaire. Notons que les grandes banques centrales avaient laissé expirer ces lignes de swap en dollar, mises en place après la faillite de Lehman Brothers, au 1er février 2010, jugeant qu’elles étaient devenues inutiles…
3) La BCE rétablit la procédure de taux fixe pour ses deux prochaines opérations de refinancement à trois mois.
4) Enfin, la BCE réintroduit ce mois ci une opération de refinancement à 6 mois.
Nombre de mesures (swap en dollar, refinancements…) ont démontré leur efficacité lors de la crise du subprime. A contrario, l’intervention de la BCE sur le marché de la dette publique risque de s’avérer très problématique, dans la mesure ou elle remet en cause les fondations de l’institution, à savoir l’étendue de son mandat, sa crédibilité et son indépendance. Cette marche arrière accrédite également l’idée que la crise du système bancaire de la zone euro était beaucoup plus étendue qu’on ne le soupçonnait…

A COURT TERME, LES MARCHÉS FINANCIERS SALUENT LE PLAN DE STABILISATION… MAIS LES PROMESSES SERONT-ELLE TENUES ?

L’envolée des indices boursiers aujourd’hui à mi-séance en témoigne : à Athènes, l’indice Athex bondit de 10%, à Madrid, l’IBEX 35 s’envole de 13%, à Paris, le CAC 40 grimpe de 9%, … Les lendemains de fête risquent néanmoins d’être douloureux, et les marchés financiers pourraient se réveiller avec une sérieuse gueule de bois. Car il existe un véritable risque d’exécution politique. Les belles promesses et les envolées verbales lyriques ne se traduisent pas forcement dans les faits. Les zones d’ombre restent nombreuses.

Le seul parapluie est aujourd’hui le mécanisme d’intervention de 60 milliards d’euros. C’est un montant assez faible, à comparer à l’aide débloquée à la Grèce (115 milliards d’euros, cf article atlasinfo Zone euro : la BCE renvoie les Etats de la zone euro devant leurs responsabilités). Sur les 440 milliards d’euros promis en cas de besoin, combien de pays seront effectivement en mesure d’activer le fonds, et les atermoiements observés lors de la crise grecque disparaîtront-ils ? Car, en dupliquant la clé de répartition du plan d’assistance financière à la Grèce au fonds complémentaire de stabilisation européen, la contribution de l’Allemagne s’élèverait à 123 milliards d’euros, la France y serait pour 92 milliards, l’Italie 81 et l’Espagne 54… Que se passerait-il si l’Espagne et l’Italie avaient quasiment besoin du plan d’aide en même temps ? Elles ne pourraient certes pas mobiliser et s’auto-prêter les fonds promis.

Au final, l’analyse de ces annonces laisse un arrière goût doux-amer. Certes, il s’agit de montants extraordinaires, destinés à des circonstances exceptionnelles. Mais n’est-on pas dans un « effet d’annonce » destiné à calmer « l’exubérance irrationnelle des marchés », comme l’aurait qualifiée M. Alan Greenspan (ex-président de la Réserve fédérale américaine), c'est-à-dire dans une réponse essentiellement psychologique pour stabiliser avant tout les marchés financiers en Europe, et dans le monde ? Nous le savons, les racines de la crise financière actuelle plongent dans l’ampleur des déficits budgétaires. Seule, une politique européenne de relance coordonnée et des engagements contractuels précis et vérifiables par les Etas membres de l’UE de réduction de leurs déficits publics après la sortie de crise sont en mesure de rassurer durablement les marchés.

Didier Lacaze, analyste financier SFAF


Lundi 10 Mai 2010 - 15:17



Lundi 10 Mai 2010 modifié le Lundi 10 Mai 2010 - 15:24

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